Le Kremlin intensifie son rhétorique en assimilant l’Union européenne à l’Allemagne nazie, une mise en garde qui pourrait servir de prétexte à une nouvelle mobilisation de la société russe alors que la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année.
Depuis le 24 février 2022, le conflit a drainé les ressources de la Russie sans aucune victoire stratégique décisive. Les forces ukrainiennes ont frappé le Forum économique international de Saint‑Pétersbourg, provoquant un nuage de fumée au-dessus de la ville et blessant plusieurs personnes. Des attaques de drones – plus de cinquante abattus – ont visé des installations énergétiques et portuaires autour de Kronshtadt, Kirov et Krasnoselsk. Le président Vladimir Poutine a déclaré le 29 avril :
« Il n’est pas prudent de fixer une date précise pour la fin de la guerre, mais nous avançons sur tous les fronts et pouvons parler d’une victoire imminente. »
Les responsables du Fonds monétaire russe et du Ministère des Finances avertissent que le budget militaire, qui représente 40 % du budget national, devient insoutenable. Par ailleurs, le nombre de détenus mobilisables a déjà atteint 39 % de la capacité carcérale, limitant les options de conscription forcée.
À l’approche d’élections législatives présentées comme un plébiscite sur Poutine, les services de sécurité préparent un dispositif capable de couper l’Internet à grande échelle dès le 1er juillet, afin de maîtriser l’information. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a averti que « l’Allemagne revient à mener le mouvement qui soutient le nazisme en Europe ». Le chef du Conseil de sécurité, Sergueï Shoigu, a ajouté que « 56 pays combattent contre nous ».
Des analystes militaires russes, dont Ruslan Pujov, soutiennent que les options d’une guerre modérée sont épuisées et que la stratégie se tournera vers une mobilisation accrue des ressources humaines et économiques. Le think‑tank du Kremlin, le Club Valdaï, envisage trois scénarios à moyen terme : une guerre prolongée avec sanctions croissantes, une trêve fragile ou, dans le pire des cas, un conflit élargi impliquant l’Europe, bien que les risques nucléaires rendent ce dernier « faible ».
Alors que le Kremlin tente de conjuguer menace et appel au dialogue, la Russie se trouve à un carrefour où chaque décision pourrait redessiner le paysage géopolitique de l’Eurasie.