
Kyiv a vivement protesté auprès d'Israël, convoquant son ambassadeur suite à l'arrivée d'un second navire transportant du grain ukrainien présumé volé dans le port de Haïfa. Cette démarche diplomatique tendue, annoncée par le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha sur la plateforme X lundi soir, vise à présenter une note de protestation officielle et à demander des mesures appropriées.
M. Sybiha a exprimé l'incompréhension de l'Ukraine face au « manque de réponse appropriée » d'Israël concernant un précédent navire ayant déjà livré des marchandises « volées » à Haïfa. Il a souligné que les relations amicales entre les deux pays ne devraient pas être sapées par le commerce illégal de la Russie avec du grain ukrainien dérobé, avertissant qu'accepter cette cargaison nuirait aux liens bilatéraux. Selon des sources ukrainiennes, Israël aurait déjà déchargé quatre cargaisons de grain volé cette année. Le navire actuellement en cause a été identifié par les médias israéliens comme étant le Panormitis (IMO 9445201), un vraquier grec.
En réponse, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a critiqué l'approche ukrainienne, déclarant que « les allégations ne sont pas des preuves » et que les relations diplomatiques ne se géraient pas sur les réseaux sociaux. Il a précisé qu'Israël, étant un État de droit, examinerait la question via ses autorités indépendantes. L'Union européenne, pour sa part, a condamné « toutes les actions qui contribuent à financer l'effort de guerre illégal de la Russie » et s'est dite prête à cibler des entités dans des pays tiers si nécessaire. Des enquêtes ont montré que le grain volé est souvent acheminé via des transferts de navire à navire près du détroit de Kertch, certains navires opérant avec leur système AIS désactivé pour masquer l'origine des marchandises.
Cette querelle diplomatique intervient alors même que l'Ukraine intensifie sa campagne de frappes par drones contre l'infrastructure pétrolière russe. Des drones ukrainiens ont récemment ciblé la raffinerie de pétrole de Touapse en mer Noire, déclenchant un vaste incendie et des évacuations. La raffinerie avait déjà été touchée et ses opérations interrompues le 16 avril.
Plusieurs autres sites ont été visés ces dernières semaines, notamment les terminaux d'exportation de pétrole d'Oust-Louga et de Primorsk dans la mer Baltique, la raffinerie de pétrole de Saratov et celle de Bashneft-Oufaneftekhim. Ces attaques visent à contrecarrer les revenus pétroliers de la Russie et à entraver son effort de guerre. La pression sur ces deux fronts – diplomatique concernant le grain et militaire concernant le pétrole – illustre la détermination de Kyiv à contrer l'invasion russe par tous les moyens disponibles.