Le verdict de la Cour suprême du Canada vient bouleverser le paysage juridique en matière de violence conjugale : pour la première fois, un nouveau tort civil permet aux victimes d’obtenir réparation financière pour les abus subis dans une relation intime.
L’affaire porte sur Kuldeep Ahluwalia, une femme d’origine punjabi qui a épousé Amrit Ahluwalia en 1999 et a vécu au Canada pendant seize ans. Au cours du mariage, le mari a exercé des « agressions physiques, humiliations, intimidations et conduites destinées à infliger une détresse émotionnelle ». Lors du divorce, Kuldeep a demandé des dommages‑intérêts et a reçu 50 000 $ en compensation, 50 000 $ en dommages aggravés, puis 50 000 $ supplémentaires au titre d’un tort de « violence familiale » créé par la Cour supérieure de l’Ontario.
L’Ontario Court of Appeal a annulé cette dernière indemnité, estimant que le droit existant suffisait. Kuldeep a alors porté l’affaire devant la Cour suprême, qui a statué 6‑3. Le juge Nicholas Kasirer, auteur du jugement majoritaire, a souligné que les torts traditionnels ne pouvaient réparer « le tort spécifique à la dignité, à l’autonomie et à l’égalité que crée la violence entre partenaires ». Il a déclaré :
« Il s’agit d’une erreur de droit de ne pas considérer le contrôle coercitif dans les relations intimes comme une conduite clairement répréhensible… »
Le nouveau tort d’« intimate partner violence » englobe non seulement les violences physiques, mais aussi l’isolement, la manipulation, la surveillance, les abus économiques, la contrainte sexuelle et l’intimidation. Le juge dissident Mahmud Jamal a mis en garde :
« La nécessité de la retenue judiciaire est particulièrement prononcée lorsqu’une cour est sollicitée pour reconnaître un tout nouveau tort. Les tribunaux ne doivent pas créer un nouveau tort tant que des recours alternatifs adéquats existent. »
En reconnaissant formellement la « coercive control », la Cour suprême comble une lacune juridique et ouvre la voie à de futures poursuites civiles contre les auteurs de violences conjugales, tout en rappelant que ces mesures restent distinctes du droit pénal.
Cette décision marque une étape décisive vers une meilleure protection des victimes et pourrait inspirer d’autres juridictions à reconsidérer leurs propres cadres légaux.