
De nouvelles images satellites ont mis en lumière une expansion significative d'une installation de renseignement cubaine près de La Havane, ravivant les inquiétudes concernant les capacités d'espionnage étrangères à proximité des bases militaires américaines en Floride. Le site de Bejucal, qui aurait des liens avec la Chine, est en cours de modernisation avec la construction d'un nouveau réseau d'antennes massives.
Les images satellites commerciales d'avril 2025 révèlent des progrès clairs sur le site de Bejucal, le plus grand centre de renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT) actif de Cuba, dont les racines remontent à l'ère soviétique. Des travaux ont remplacé un ancien réseau de 16 antennes de 85 mètres de diamètre par un nouveau réseau d'antennes circulaires disposées (CDAA) d'environ 175 mètres de diamètre, comprenant 19 antennes autour d'une remorque centrale mobile. Cette modernisation, évaluée en détail par le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) en mai 2025, est considérée comme un renforcement majeur des capacités de surveillance.
Les analystes expliquent que ces réseaux d'antennes excellent dans la radiogoniométrie haute fréquence, permettant de localiser l'origine de signaux radio sur des distances allant de 5 100 à 12 900 km. L'augmentation du diamètre à Bejucal devrait offrir une meilleure résolution et une portée accrue pour l'observation du trafic aérien et maritime. Comme l'a déclaré Matthew Funaiole, chercheur au CSIS :
"L'ajout de ce qui semble être un réseau d'antennes circulaires à Bejucal étendrait les capacités du site à espionner les États-Unis et d'autres pays de la région." Ces installations sont particulièrement utiles pour cartographier l'activité militaire américaine, identifier les signatures électroniques et surveiller les schémas opérationnels au fil du temps, même si les communications sensibles sont souvent chiffrées.
La proximité du site, à seulement 145 km (90 miles) des côtes de la Floride, suscite une vive inquiétude parmi les responsables américains. Il offre un point d'observation stratégique pour intercepter les communications et les mouvements associés aux bases militaires américaines dans le sud de la Floride, notamment la base aéronavale de Key West, la base de réserve aérienne de Homestead, ainsi que les lancements spatiaux depuis Cape Canaveral et les opérations navales dans les Caraïbes. Le sénateur de Floride, Rick Scott, a souligné la gravité de la situation en déclarant :
"Ils sont à 90 miles de nos côtes. Ils sont amis avec nos ennemis. C'est une menace majeure... C'est un risque très significatif pour nous."
Bien que des responsables américains, dont le secrétaire d'État Marco Rubio, aient évoqué une présence de renseignement russe et chinois à Cuba, et que l'administration Biden ait reconnu en 2023 des activités de renseignement chinoises en cours sur l'île, les sources ouvertes n'ont pas établi de contrôle opérationnel chinois direct sur Bejucal. La Chine a toujours nié tout lien avec des infrastructures de surveillance à Cuba, et les autorités cubaines ont qualifié ces allégations de "totalement fausses". Le rapport du CSIS lui-même note qu'il n'y a "aucune preuve irréfutable" dans l'espace non classifié liant directement la Chine à ces installations, bien que les améliorations techniques correspondent à celles observées sur d'autres sites de renseignement chinois à l'étranger.
La surveillance des infrastructures de renseignement étrangères à Cuba reste une priorité pour les autorités américaines, considérant les améliorations de Bejucal comme le signe d'efforts persistants pour obtenir des informations sur les opérations militaires et spatiales américaines dans l'hémisphère.