Alors que Genève accueille le salon annuel Watches and Wonders, vitrine de l'opulence horlogère, l'industrie du luxe est confrontée à un horizon assombri par des turbulences économiques et géopolitiques mondiales. Malgré l'afflux de visiteurs attendus et la présence de célébrités comme Jannik Sinner et Patrick Dempsey, un sentiment d'incertitude plane, alimenté par le conflit américano-israélien contre l'Iran débuté le 28 février, les tarifs douaniers américains et les pressions inflationnistes.
Le conflit au Moyen-Orient a un impact considérable sur l'économie mondiale, notamment sur le secteur de l'horlogerie de luxe. Oliver Müller, fondateur du cabinet de conseil suisse LuxeConsult, souligne que la région représente 10 % des exportations totales de montres suisses. Des marchés clés comme les Émirats arabes unis, où 60 % des affaires dépendent des touristes, sont "totalement à l'arrêt". Le rapport "Swiss Watcher" de Morgan Stanley et LuxeConsult a d'ailleurs révélé une contraction du marché pour la deuxième année consécutive, avec une baisse de 1,7 % des exportations de montres suisses en valeur l'année dernière. Parallèlement, les tarifs douaniers imposés par le président américain Donald Trump, bien qu'en deçà de leurs sommets, continuent de peser sur le marché, provoquant de nouvelles incertitudes quant à la confiance des consommateurs.
La politique tarifaire de l'administration Trump fait l'objet d'une bataille juridique intense. Après que la Cour suprême a invalidé en février sa justification initiale basée sur une loi d'urgence de 50 ans, le président tente désormais d'imposer des tarifs en s'appuyant sur une disposition du Trade Act de 1974. Cependant, cette interprétation est contestée par 24 procureurs généraux d'État, menés par Dan Rayfield de l'Oregon, qui affirment que le président outrepasse son autorité et dénature la loi. Une décision est attendue dans les semaines ou mois à venir, mais un appel fédéral est anticipé, ce qui pourrait retarder tout remboursement ou allégement tarifaire.
Dans un autre registre, les autorités américaines luttent activement contre le commerce illégal. Le 13 avril, le commandement sud des États-Unis (SOUTHCOM) a mené une 50e frappe létale contre un navire soupçonné de trafic de drogue dans le Pacifique oriental, tuant deux personnes et portant le bilan connu à 170 morts depuis septembre. Ces "frappes cinétiques létales" s'inscrivent dans l'agenda antidrogue du président Trump, qui a désigné 10 cartels et gangs comme organisations terroristes. Ces opérations ont suscité la condamnation des démocrates, des organisations de défense des droits humains et des experts de l'ONU, qui les qualifient d'exécutions extrajudiciaires.
Parallèlement, les inspecteurs du U.S. Fish and Wildlife Service ont réalisé une saisie record en octobre 2025, annoncée récemment : environ 50 000 ailerons de requin séchés, d'une valeur de plus d'un million de dollars, dissimulés dans 20 cargaisons de pièces automobiles. Ces ailerons provenaient principalement de requins soyeux et de requins-renards à gros yeux, tous deux protégés par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Cette opération, baptisée "Operation Thunder", a mis au jour un réseau de trafic entre le Mexique et Hong Kong.
Ces événements distincts, qu'il s'agisse de l'impact des conflits sur l'économie du luxe, des batailles juridiques sur le commerce ou de la répression du trafic illégal, dressent le tableau d'un monde en constante ébullition, où les défis se multiplient sur de multiples fronts.