L’Europe se retrouve simultanément sur deux fronts : d’un côté, la police espagnole démantèle un réseau qui protégeait un homme d’affaires russe des sanctions, de l’autre, Budapest utilise le financement ukrainien comme levier politique à l’approche des élections.
Mercredi, la police nationale espagnole a arrêté trois personnes – un homme et deux femmes – sur l’île de Majorque. Elles auraient servi de prête‑nom pour gérer des propriétés de luxe, des comptes bancaires et des véhicules afin d’empêcher la saisie de biens appartenant à Nikolaï Kolesov, identifié par les médias espagnols comme un entrepreneur du secteur militaire proche du président Vladimir Poutine. Kolesov dirige une société qui fournit des hélicoptères à l’armée russe et figure sur la liste des sanctions de l’Union européenne depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Les autorités n’ont pas encore communiqué d’accusations formelles, mais l’arrestation montre la volonté de l’UE de poursuivre les individus qui contournent les mesures restrictives.
Alors que les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se réunissent à Bruxelles, le Premier ministre Viktor Orban bloque depuis plusieurs mois le décaissement d’un prêt de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’effort de guerre ukrainien en 2026‑2027. Orban exige la reprise des livraisons de pétrole russe via le gazoduc « Droujba », endommagé par des frappes russes le 27 janvier. Sans ce réapprovisionnement, il a déclaré :
« Pas de pétrole, pas d’argent. »
Son exigence, largement perçue comme un coup de bluff électoral, intervient à quelques semaines du scrutin législatif du 12 avril. Le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tshanka, a exprimé son exaspération :
« Je suis ministre des Affaires étrangères de l’Estonie depuis déjà trois ans, et je dois sans cesse répondre à la question de savoir pourquoi la Hongrie bloque tout ce qui contribue en réalité à la sécurité européenne. »
L’UE a tenté de concilier les positions en proposant une aide financière supplémentaire et l’envoi d’une équipe d’experts pour réparer le pipeline. Les analystes soulignent que l’Ukraine dispose de ressources suffisantes pour se financer jusqu’en mai, soit après les élections hongroises, ce qui pourrait réduire l’influence du veto d’Orban si le parti pro‑Orban ne l’emporte pas.
Ces deux épisodes illustrent la complexité des efforts européens : lutter contre l’évasion des sanctions tout en essayant de maintenir une unité politique face à une guerre qui continue de remodeler le continent. La prochaine décision de Bruxelles dépendra autant des enquêtes judiciaires que des calculs électoraux de Budapest.
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