
Alors que les élections législatives du 7 juin approchent, Moscou a lancé un ultimatum qui pourrait bouleverser l’approvisionnement énergétique de l’Arménie si celle‑ci poursuit son projet d’adhésion à l’Union européenne.
Le 25 mai, le ministre russe de l’Énergie, Sergeï Tsivilev, a adressé une lettre officielle au ministère arménien de l’Administration territoriale et des Infrastructures, selon le quotidien Kommersant. Dans cette missive, il rappelle que l’accord de 2013, qui exonère l’Arménie des droits d’exportation sur le gaz naturel, les produits pétroliers et les diamants bruts, « est incompatible avec une orientation » de l’Arménie « vers l’UE ».
« Si le processus d’adhésion à l’Union européenne se poursuit, la partie russe suspendra ou mettra fin unilatéralement à l’accord de coopération pour la fourniture de gaz naturel, de produits pétroliers et de diamants bruts », — déclaration traduite du texte de Tsivilev.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a confirmé à l’agence RIA que l’avertissement avait été transmis officiellement.
« Nous avons envoyé une lettre officielle indiquant que la continuation du processus d’adhésion à l’UE déclenchera la suspension ou la terminaison de l’accord de coopération », — Zakharova.
L’accord de 2013 permet à l’Arménie d’acheter du gaz, du pétrole et des diamants à des conditions fortement préférentielles. Selon les analystes, la rupture aurait des répercussions majeures :
| Ressource | Part d’importation depuis la Russie |
|---|---|
| Gaz naturel | 85 % |
| Produits pétroliers | plus de 60 % |
| Diamants bruts | ≈ 50 % |
En cas de résiliation, l’Arménie devrait verser une compensation à la Russie, ou les montants impayés seraient comptabilisés comme dette d’État.
Le gouvernement arménien, toutefois, a nié avoir reçu la lettre de Tsivilev.
« Nous n’avons reçu aucune correspondance de ce type de la part du ministre de l’Énergie russe », — déclaration du ministère arménien.
Cette divergence souligne la tension croissante entre les deux pays, exacerbée par la visite du sénateur américain Marco Rubio, qui a signé un accord de partenariat stratégique avec Erevan, et par le sentiment d’abandon de la Russie lors du conflit du Haut-Karabakh en 2023.
Alors que l’Arménie tente de concilier ses aspirations européennes avec sa dépendance énergétique russe, le prochain scrutin pourrait bien déterminer si Moscou conserve son levier ou voit son influence s’éroder.
Le monde observe : la prochaine décision de Yerevan pourrait redessiner les rapports de force dans le Caucase du Sud.