
Les dirigeants européens s’apprêtent à dévoiler, ce mercredi, un vaste plan de souveraineté technologique destiné à limiter la dépendance de l’Union aux géants américains du cloud et aux fournisseurs asiatiques de semi‑conducteurs, alors que les tensions transatlantiques menacent de se raviver.
Depuis plusieurs années, le marché du cloud et des logiciels en Europe est dominé par Microsoft, Google et Amazon, qui détiennent environ 70 % du secteur, voire 83 % selon une étude d’Astérès. Cette dépendance représente une « facture numérique » de 264 milliards d’euros par an, équivalente aux importations d’énergie de l’UE, et expose les États membres à un possible « kill‑switch » en cas de crise géopolitique. Le même rapport indique que plus de 80 % des produits, services et infrastructures numériques proviennent de fournisseurs hors UE.
| Domaine | Part de marché américaine | Valeur annuelle estimée |
|---|---|---|
| Cloud & logiciels | 70 % – 83 % | 264 Md € |
| Dépendance globale | >80 % | — |
Le texte attendus comporte trois axes principaux :
« Nous devons développer nos propres capacités, pour que nos décisions, nos valeurs et notre économie ne puissent plus être influencés par d’autres », a déclaré Teresa Ribera, commissaire à la Concurrence.
Des parlementaires comme Elena Sancho Murillo (S&D) rappellent que la souveraineté numérique signifie « maîtriser nos données, notre identité et nos droits numériques », tandis que le député néerlandais Reinier van Lanschot (Verts) insiste sur la nécessité de « briser cette dépendance ». Le député Oliver Schenk (PPE) résume l’objectif : « L’Europe veut éviter d’être structurellement dépendante de tout acteur extérieur ».
Washington a déjà averti l’UE contre toute forme de protectionnisme, et les grandes entreprises américaines redoutent un accès restreint au marché européen. Le débat qui s’annonce pourrait donc façonner la relation transatlantique pendant plusieurs années.
Si le plan est adopté, l’Europe se doterait d’instruments concrets pour sécuriser ses infrastructures numériques ; l’enjeu sera de concilier protection stratégique et ouverture à l’innovation mondiale.
Le futur technologique de l’UE est en jeu.