
Depuis moins d’un mois au pouvoir, Delcy Rodríguez a déjà remodelé les hautes sphères vénézuéliennes, annonçant une ère que plusieurs analystes qualifient de « chavisme 3.0 ».
Le 5 janvier, après l’opération américaine qui a capturé Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, Delcy a été investie présidente par intérim. Dès les premiers jours, elle a remplacé une partie importante des ministères et du bureau présidentiel, s’est entretenue avec le directeur de la CIA, Jon Ratcliffe, à Caracas, et a signé un accord autorisant les États‑Unis à commercialiser jusqu’à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien. Le président Donald Trump a même loué son action, tandis que Delcy dénonçait dans son discours d’investiture « l’enlèvement de deux héros » détenus aux États‑Unis.
Le pouvoir de la nouvelle dirigeante repose largement sur son frère, Jorge Rodríguez, qui contrôle le Parlement et le Conseil national électoral. Leur duo est souvent décrit comme un « dragon à deux têtes », capable d’ouvrir des portes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
« Jorge a accumulé le contrôle législatif et les canaux de négociation. Delcy, la vice‑présidence, l’économie, les relations extérieures. Quand il fallait ouvrir des portes de l’intérieur, ils détenaient les clés. » – César Bátiz, journaliste
Delcy s’appuie sur un cercle technocratique : Félix Plasencia, ambassadeur à Londres, a été envoyé à Washington pour rouvrir l’ambassade ; Calixto Ortega Sánchez, ancien président de la Banque centrale, est vice‑président sectoriel de l’Économie ; Héctor Silva gère les projets miniers du sud, tandis que Román Maniglia dirige la pétrochimie d’État Pequiven et Anabel Pereira occupe le poste de vice‑présidente de la BCE et ministre de l’Économie.
Parmi les nouveaux visages, Gustavo González devient commandant de la Garde de l’Honneur présidentielle et chef de la Direction générale de la contre‑intelligence militaire, malgré une sanction américaine de 2015 pour violations des droits humains. Juan Escalona, proche de Chávez, prend la direction du bureau présidentiel, et Miguel Pérez Pirela devient ministre de la Communication, perçu comme un technocrate à l’allure « afrancisée ».
La sortie de l’homme d’affaires controversé Alex Saab du gouvernement est vue comme un geste d’apaisement envers Washington, mais aussi comme une possible bombe à retardement.
Delcy reste sous sanctions de l’UE pour atteintes à la démocratie et aux droits humains, tout en devant concilier les exigences économiques de Washington, les exigences populaires internes et le poids du clan Cabello.
Le Venezuela se trouve ainsi à la croisée des chemins : survivre politiquement tout en tentant de redresser une économie en ruine, sous l’œil vigilant d’une communauté internationale divisée.
Le prochain chapitre de ce jeu de pouvoir reste à écrire, mais la ligne de front est déjà dessinée.
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