
Le déluge numérique qui traverse le détroit d’Ormuz pourrait bientôt être taxé, annonçant une nouvelle façon pour Téhéran de transformer une infrastructure vitale en levier géopolitique.
Le 9 mai, Ebrahim Zolfaghari, porte‑parole de l’armée iranienne, a déclaré sur le réseau X que le régime était prêt à « imposer un contrôle plus strict sur les câbles » et à « exiger des opérateurs étrangers qu’ils paient des frais de transit ». Le 18 mai, les Gardiens de la Révolution ont confirmé cette intention dans un message diffusé sur Telegram.
« Nous envisageons de mettre en place un contrôle renforcé et de faire payer des frais de passage aux opérateurs étrangers », a affirmé Zolfaghari.
Le détroit d’Ormuz, déjà point névralgique pour le transport pétrolier, accueille des câbles sous‑marins qui portent plus de 99 % du trafic numérique mondial. L’argument de l’Iran repose sur la proximité de ces fibres optiques avec ses eaux : « si le monde dépend de cette route, l’Iran doit pouvoir en capter une partie », explique le texte officiel. Le modèle s’inspire de la redevance perçue par l’Égypte sur le canal de Suez, bien que le cadre juridique diffère (détroit naturel vs canal artificiel).
Même sans que la taxe soit effectivement appliquée, la simple menace introduit une prime de risque. Les opérateurs de télécommunications et les géants du cloud (Google, Microsoft, Amazon, Meta) pourraient devoir investir davantage dans la sécurisation ou le détournement de leurs routes, augmentant les coûts pour les utilisateurs. Une perturbation locale, bien que improbable à grande échelle grâce à la redondance des réseaux, pourrait ralentir les paiements transfrontaliers et affecter l’accès à certains services en ligne.
En résumé, l’Iran tente de transformer le flux numérique qui traverse l’Ormuz en source de revenus et en bouton de pression, rappelant que le contrôle du câble équivaut aujourd’hui à un pouvoir économique et politique considérable. La question qui reste ouverte : jusqu’où ira‑t‑on dans la monétisation des artères invisibles de l’Internet ?