
Une vingtaine de détenus ont franchi les grilles de la prison de La Lima ce vendredi 3 avril, libérés dans le cadre d’une grâce annoncée la veille pour 2 010 prisonniers – la deuxième vague en moins d’un mois, alors que La Havane subit une pression accrue des États‑Unis.
Le gouvernement cubain a présenté cette mesure comme un « geste humanitaire » à l’occasion de la Semaine sainte. Elle intervient quelques jours après que le président américain Donald Trump a assoupli un blocus pétrolier de facto en autorisant un pétrolier russe à livrer du brut à l’île, et alors que les deux pays reprennent des pourparlers. L’historien cubain Andrés Pertierra (Université du Wisconsin) a souligné que, malgré les dénégations officielles, la décision est clairement liée aux négociations en cours.
« On prétend que cela n’a rien à voir avec des négociations alors que c’est clairement le cas », a déclaré Pertierra à l’AFP.
Les autorités ont indiqué que les libérations reposent sur la bonne conduite, des raisons de santé et la durée déjà purgée de la peine, excluant les personnes condamnées pour meurtres, agressions sexuelles, crimes liés à la drogue ou « crimes contre l’autorité ». Parmi les libérés se trouvent des jeunes, des femmes, des détenus de plus de 60 ans, ainsi que des étrangers et des Cubains résidant à l’étranger.
Le porte‑parole du département d’État américain a confirmé être informé de l’annonce, tout en rappelant qu’il ignore combien de prisonniers politiques – estimés à 775 selon l’ONG Justicia11J – sont concernés.
« Nous continuons d’appeler à la libération immédiate des centaines d’autres courageux patriotes cubains qui restent détenus injustement », a indiqué le porte‑parole.
Les libérés, comme Damian Fariñas (20 ans) et Albis Gainza (46 ans), qualifient la mesure de « bénédiction » et espèrent que d’autres prisonniers seront libérés. Toutefois, une ONG locale précise que les entretiens menés avec six anciens détenus n’ont révélé aucun cas d’incarcération pour motifs politiques, laissant planer le doute sur la portée réelle de la grâce.
Alors que les États‑Unis continuent de faire pression pour la libération de tous les prisonniers politiques, la question de la transparence demeure centrale : les prochaines semaines pourraient déterminer si cette vague de grâce marque un vrai assouplissement du régime ou un simple geste ponctuel.