
Une proposition discrète du Congrès américain pourrait transformer à jamais la coopération militaire entre les États‑Unis et Israël, alors même que le soutien public à Tel‑Aviv se fissure aux États‑Unis.
Intégrée au projet de loi de défense nationale 2027 (NDAA), la Section 224 – intitulée « Initiative de coopération technologique de défense États‑Unis‑Israël » – impose au secrétaire à la Défense de nommer un responsable chargé de synchroniser les efforts bilatéraux. Le texte identifie comme priorités : les systèmes anti‑drones (aériens, maritimes, terrestres), la lutte contre les tunnels, les technologies de missile et de défense aérienne, ainsi que les technologies émergentes telles que l’intelligence artificielle, l’apprentissage quantique, les systèmes autonomes, l’énergie dirigée, la cybersécurité, la biotechnologie et la « fusion de données ». L’accent mis sur l’« intégration des réseaux » suggère une mise en commun approfondie des systèmes d’information militaires.
Le projet suscite des oppositions notables. Le républicain Thomas Massie a promis de retirer la disposition s’il atteint le sol de la Chambre, tandis que Marjorie Taylor Greene l’a qualifiée de « capture totale par un gouvernement étranger ». Des sondages récents montrent que seulement 16 % des Américains soutiennent le transfert d’armes sans restriction, 38 % demandent un arrêt complet, et 24 % souhaitent conditionner l’aide.
« Historiquement, la relation de défense États‑Unis‑Israël reposait sur l’aide militaire et les transferts d’armes ; la proposition étend la coopération à un ensemble plus large de technologies émergentes, créant ainsi une relation plus institutionnalisée qui pourrait survivre aux changements d’administration », explique Mark Hilborne, chargé de cours à la School of Security Studies du King's College London.
Il ajoute que cette intégration « pourrait renforcer les capacités de surveillance, de véhicules autonomes, d’IA et de ciblage, offrant à Israël un avantage technologique supplémentaire dans les territoires palestiniens ». Selon Imad Salamey de l’Université américaine du Liban, l’initiative pourrait représenter « la prochaine phase des Accords d’Abraham, orientant la sécurité régionale autour d’Israël comme pivot technologique ».
Si la Section 224 franchit les étapes législatives, elle pourrait ancrer durablement un partenariat industriel et militaire difficile à démanteler, redéfinissant le rôle des États‑Unis au Moyen‑Orient. Le débat reste ouvert, mais les ramifications potentielles sont déjà palpables.