
Les drones filaires — un « avion sans bruit » — ont transformé la petite guerre du sud du Liban en une menace technologique que les blindés israéliens peinent à contrer.
Depuis le cessez‑le‑feu sponsorisé par les États‑Unis du 16 avril, 11 soldats israéliens ont perdu la vie, dont quatre lors d’attaques de drones. Le 24 mai, le caporal Nehoray Leizer, 19 ans, a été tué quand son véhicule blindé a été percuté par un drone chargé d’explosifs. La même semaine, deux nouvelles frappes ont blessé dix soldats, l’un d’eux gravement.
Hezbollah, épuisé par les frappes israéliennes qui ont réduit son stock d’engins de roquette, s’est tourné vers des quadricoptères bon marché, achetés sur des plateformes comme AliExpress et reliés à leurs pilotes par des spools de câble fibre‑optique de plusieurs kilomètres. Cette technique, empruntée à la guerre en Ukraine, élimine les émissions radio que les brouilleurs israéliens peuvent intercepter, tout en offrant une vue en temps réel « first‑person view ».
« Cela crée un problème tactique assez sérieux pour les Israéliens », a déclaré Robert Tollast, spécialiste de la guerre terrestre au Royal United Services Institute.
« Ils sont un cauchemar pour tout radar », explique Yaakov Lappin, analyste militaire à Alma Research.
Le filaire permet aux opérateurs de « percher » les drones près des patrouilles, de les réactiver à distance et de viser des cibles cachées derrière des collines, rendant les systèmes de défense antiaérienne traditionnels pratiquement inutiles.
Face à la montée des attaques, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné une intensification des frappes contre le Liban et a lancé un « projet contre‑drone » dont il reconnaît la lenteur de mise en œuvre. L’armée a déployé 58 000 m² de filets de protection autour des véhicules et teste des lunettes de tir assistées par IA, ainsi que des systèmes actifs capables d’intercepter les engins entrants.
« C’est aussi une terreur psychologique », souligne Lappin, les soldats ressentant une vulnérabilité constante tant que les solutions restent incomplètes.
Les drones filaires de Hezbollah, décrits comme une « air force à bas prix », montrent que même des groupes non‑étatiques peuvent projeter une menace aérienne capable de modifier les doctrines militaires mondiales.
La prochaine évolution restera à surveiller de près.