
Le retrait discret d’un panneau commémorant le sénateur suprémaciste Francis Newlands à la frontière de Washington – Maryland a déclenché une onde de choc parmi les habitants, qui y voient le signe d’une réécriture officielle de l’histoire américaine.
En mars 2025, le président Donald Trump a signé un décret « rétablir la vérité dans l’histoire américaine » à l’approche du 250ᵉ anniversaire de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet. Le texte oblige les sites relevant du ministère de l’Intérieur – dont dépend le Service des parcs nationaux (NPS) – à mettre l’accent sur la « grandeur » du pays et à éviter toute mention qui « dénigre les Américains, passés ou présents ». Plus de 400 sites doivent ainsi revoir panneaux, vidéos, livres et souvenirs.
Le panneau installé en 2022 près de la fontaine Francis Griffith Newlands, qui rappelait les positions racistes du sénateur (exclusion des Noirs et des Juifs du quartier de Chevy Chase, projet de « retour des Noirs en Afrique »), a été retiré fin 2025, ne laissant que l’inscription d’origine présentant Newlands comme un homme d’État « toujours soucieux des intérêts de tous les hommes ».
« L’histoire disparaît au beau milieu de la nuit ; d’une certaine manière, c’est encore plus effrayant », a déclaré l’avocat David Sobel, comparant la suppression à un autodafé nazi.
Le même décret a conduit au démontage d’une exposition sur l’esclavage à Philadelphie en janvier 2025 et à la réinstallation de statues confédérées, dont celle du général Albert Pike en octobre 2025 et celle de Caesar Rodney en avril 2026.
La ville de Washington a intenté une action en justice pour obliger la remise en place du panneau Newlands ; certains panneaux ont d’ailleurs été réinstallés provisoirement en attendant une décision finale. Alan Spears, de la National Parks Conservation Association, estime que la démarche « n’est pas américaine » :
« Les grands pays ne cachent pas leur histoire. Ils en tirent des leçons. »
Le ministère de l’Intérieur affirme simplement appliquer le décret, sans préciser davantage. Le débat montre que la tentative de glorifier le passé national se heurte à une société qui refuse d’effacer ses cicatrices.
Si le gouvernement persiste, la lutte juridique et la mobilisation citoyenne promettent de garder le débat vivant jusqu’au jour de l’indépendance.